Dans un arrêt du
9 mai 1985, la Cour Européenne de Justice a considéré « illégale » la
super vignette instituée en France pour les voitures
de plus de 16 chevaux, contraignant ainsi le gouvernement
français à rembourser aux propriétaires
de ce type de véhicules le trop perçu.
Cet exemple montre l'impact que revêt (même
s'il est méconnu) le Droit Européen du fait
de la primauté du droit international sur le droit
interne, consacré par l'article 55 de la Constitution
de 1958, aux termes duquel « /es traités
ou accords... ont, dès leur publication, une
autorité supérieure à celle des lois ».
La Cour de Cassation, tirant les conséquences
de cette disposition, a, dans un arrêt de 1985 (café Jacques
Vabre), considéré à propos de la législation européenne que si une loi ultérieure
venait à contredire les accords internationaux, ceux-ci
s'appliqueraient néanmoins.
Ce principe déjà ancien ne serait pas vraiment
contestable si l'élaboration des textes internationaux était
soumise à un contrôle parlementaire, or ce n'est
pas le cas : le Conseil des ministres de la Communauté ou
la Commission, organe purement administratif, émettent
des règlements directement applicables dans les Etats
membres ou des directives que ceux-ci doivent intégrer
dans leur législation sans contrôle parlementaire
effectif. Cette pratique est fort critiquable, car les décisions
prises à Bruxelles ont un impact de plus en plus important
sur notre vie quotidienne. A titre d'exemple, la réglementation
nationale en matière de permis de conduire résulte
d'un règlement de la CEE de 1969, et il n'est pas
besoin d'insister sur l'importance que revêtent
ces décisions pour l'agriculture.
En démocratie, l'exécutif est contrôlé par
le Parlement, et lorsque des techniciens substituent leur appréciation à celle
des politiques, cela porte un nom : la technocratie.
La plupart des règlements ne sont pas soumis à ratification. Aussitôt que le Conseil des ministres de la Communauté les
a adoptés, ils deviennent partie intégrante
de la législation des Etats membres. Un gouvernement ne peut plus désavouer la
signature de son représentant, et comme il n'y a pas en règle
générale
de nécessité de ratification, aucun contrôle parlementaire
n'est exercé sur ledit accord. Comme par ailleurs l'assemblée
des Communautés Européennes (Parlement Européen)
n'a pas de pouvoir législatif, ses prérogatives se limitant à un
contrôle du budget européen, comment faire pour que les
représentations
nationales des pays européens ne soient pas dépossédées
de leurs prérogatives ? Deux voies sont possibles : premier
volet de l'alternative, renforcer les prérogatives des
parlements nationaux. Autre éventualité, renforcer
celles du Parlement Européen.
Le renforcement des parlements nationaux pourrait s'effectuer
par un moyen simple : on pourrait concevoir, par exemple,
que les commissions compétentes des assemblées
parlementaires émettent un avis avant toute ratification
d'un accord. En cas de désaccord entre le gouvernement
et la commission, le parlement national trancherait. (Sous
la IVè République, un système analogue fonctionnait
pour l'application de la loi de finances. Les décrets
de répartition du budget entre les différents
ministères devaient être pris sur avis conforme
de la Commission des Finances de l'Assemblée
Nationale).
L'autre voie passerait par un contrôle plus étroit
de l'Assemblée des Communautés Européennes,
mais admettre ce principe du contrôle sur les actes serait
l'annonce d'une supranationalité. |