A la première chambre
de la Cour de Paris, sous la présidence de M. Dray,
s'est plaidée mercredi 8 janvier l'affaire Ligue contre
la fumée du tabac contre Paris-Dakar - Antenne 2. Du
côté des avocats, le calibre avait encore augmenté.
La Ligue et son avocat, maître Stasi, ont obtenu le
renfort du Comité national contre le tabac et de son
avocat, maître Pettiti, lui-même ancien bâtonnier.
En face, Antenne 2 sentant le danger, avait changé d'avocat
et remplacé maître Greffe par M. Thierry Levy dont la notoriété n'est plus à établir. Thierry
Lévy a soutenu que l'action de la Ligue était hypocrite et irrecevable.
Son objet social étant plus la défense des non fumeurs que la
lutte contre le tabagisme. Sur le fond, il faisait observer que la non diffusion
des images du rallye était une atteinte à la liberté d'expression
et que la loi Veil qui parle de propagande ne s'applique pas au simple fait
de montrer accessoirement au cours d'un reportage des marques de cigarettes à l'antenne.
Mario Stasi, en réponse, a rétorqué que
le statut de l'association lui donnait pour objet de
"faire
appliquer la réglementation au profit des non fumeurs." Or,
c'est bien de cela qu'il s'agit, a-t-il dit.
Quant à la discussion sur l'étymologie du
mot propagande, elle ne l'a pas beaucoup gêné car
l'article 8 de la loi stipule : « Dans le cas
où elle est autorisée, la propagande ou la publicité en
faveur du tabac ou des produits du tabac ne peut comporter
d'autres mentions que la dénomination du produit,
sa composition, le nom et l'adresse du fabricant
et le cas échéant du distributeur.
Ni d'autres représentations graphiques ou
photographiques que celle du produit, de son emballage,
de l'emblème de la marque. » D'ailleurs,
ajoutait-il, la propagande est tellement évidente
qu'elle s'accompagne d'une immense opération
dans la presse écrite, sur le terrain et même
dans certaines radios périphériques. Il a cité en
particulier une pub Rothmans parue dans «Libé».
Il a conclu en faisant remarquer que depuis le référé,
les images du Dakar étaient plus belles qu'avant car
les prises de vues permettaient de voir l'Afrique et
non plus les marques de cigarettes.
Maître Pettiti de son côté a été encore
plus virulent. Il a invoqué l'existence de compromissions
entre les journalistes et les sponsors.
Des caméras seraient opportunément braquées
sur le nom des marques de tabac. Il a cité le drame
du Heysel où pendant
que mouraient quarante Italiens, les caméras montraient ostensiblement
les panneaux publicitaires autour du terrain. Il s'est attiré immédiatement
une vive réplique de Thierry Lévy : « Ce sont des
allégations
sans fondement aux bornes de la diffamation. »
Après
toutes ces gentillesses, le président de la cour s'est retiré non
sans indiquer qu'il rendrait son arrêt vendredi à 14 heures. |