Qu'allait donc faire Me
Pradel, huissier à Versailles, au départ du
Paris-Dakar ? Commis par la Ligue contre la fumée
du tabac, il faisait des constatations. Chargé de
relever les concurrents sponsorisés par les marques
de tabac et d'alcool, il a été accueilli comme
le sont rarement les huissiers. D'habitude, c'est la
galère. Parfois les coups de fusils. Dans l'enceinte
du rallye, c'était les hôtesses-Rothmans. Et
bien sûr, il s'est vu offrir un paquet de cigarettes
et un prospectus. Qu'il s'est empressé d'annexer à son
constat.
33 concurrents sur 487 sont sponsorisés par des
fabricants de tabac. Cela paraît peu, mais en réalité il
s'agit des grosses équipes d'usine. Ikcx-Brasseur,
Metge-Lemoine. Guy Colsoul, etc. pour les autos. Gaston Rahier,
Serge Bacou, Cyril Neveu, Gilles Lalay, Jean-Claude Olivier,
entre autres, pour les motos. Sans parler des camions
ou des véhicules d'assistance et des commerciaux
qui suivent la caravane.
Si les « sponsors sales » sont pris
la main dans le sac, Antenne 2 est mal partie. La chaîne
s'est assuré l'exclusivité des droits de retransmission,
alors que la loi Veil de 1976 sur le tabagisme interdit non
seulement toute propagande à la télé en
faveur du tabac, mais aussi de «faire apparaître
au cours d'une manifestation sportive le nom, la
marque ou l'emblème d'un fabricant de tabac».
Pourtant les magnétoscopes de la Ligue montrent
de drôles de choses. Aux heures de faible écoute
- 9 heures du mat - on amuse la galerie avec les obscurs,
les sans grades, les héros de la base qui sont mal
ou peu sponsorisés. Aux heures de grande écoute
- journaux de 13 et 20 heures - on arrose l'antenne
de Porsche-Rothmans, de Moto-Marlboro, et de Range Rover-Pastis
51.
Antenne 2 qui se défendait devant le juge des référés
par la voix de Me Greffe, opposé au Bâtonnier
Stasi, avocat de la Ligue, a invoqué la liberté d'expression
des journalistes. Il tentait de s'opposer à l'astreinte
de 10000F par infraction réclamée par son adversaire.
Il a même affirmé que l'exécution de l'ordonnance
serait impossible à respecter sauf à renoncer à informer
le public. A quoi le bâtonnier répondait que seuls
33 concurrents étaient concernés et que les
multinationales de la cigarette n'étaient pas
au-dessus des lois. Un dialogue de sourds. Thierry Sabine, l'organisateur
du rallye, " déplore que cette affaire
se soit préparée dans l'ombre ". Pour
lui, c'est un «coup bas». Il suggère
de distinguer entre les plans fixes et les images passantes
qui n'ont pas le même impact publicitaire. De toute façon,
poursuit-il, mêmes si les images de certains concurrents
du Dakar n'étaient pas retransmises en France, elles
pourraient l'être dans les autres pays, et notamment
en Afrique. Or, l'Afrique est le marché visé par
les fabricants, qui savent que la consommation de tabac stagne
dans les pays développés. Jugement le samedi
4 janvier. |